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| Extraits debat 2005 |
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DEBAT DE CLÔTURE DU FESTIVAL 2005 (extraits)
Quelle place pour la fiction dans les radios privées?
Pascal Rogard (…) J’avais l’habitude, enfant, d’écouter les radios privées : fan' de Ça va boullir (" 3051 épisodes", précise Jacques Pessis), Zappy Max, Pierre Dac et Francis Blanche (Signé Furax !, L’homme à la voiture rouge, 42 rue Courte, Malheur au paradis…). Il y avait énormément de feuilletons. On peut peut-être invoquer des raisons économiques à leur disparition, mais les radios privées ont bien gardé leurs rédactions, et l’info coûte cher aussi. Les patrons n’expliquent pas pourquoi ces grands succès qui rassemblaient de nombreux auditeurs ont été abandonnés.
Jacques Baudoux C'est une histoire simple… Le paysage qu’on connaît est apparu après la Seconde Guerre mondiale. Avant, la fiction existait déjà, mais la part représentée par les radios privées était très importante. Après la guerre, c’est l’installation de la Radiodiffusion française, la RTF. Radio Luxembourg continue avec une politique publicitaire très agressive, une formule ramenée des Etats-Unis et qui consiste à faire sponsoriser les émissions par des firmes privées. Dans le travail que j’ai fait sur le théâtre radiophonique policier de science-fiction et fantastique, on trouve l’émission très célèbre Dans les mailles de l’Inspecteur Vittoz qui était sponsorisée par la bonneterie de Troyes, premier à fabriquer des bas nylon. Est arrivé Europe n°1, fin des années 1950 début des années 1960, qui se partageait le paysage radiophonique avec les chaînes publiques et Radio Luxembourg. Une grande concurrence régnait entre les deux pendant l’après-midi, la tranche des émissions pour les ménagères. La plus connue était, sur la radio publique, celle de Pierre Billard, Faits divers, Les Maîtres du Mystère, sur Europe n°1 une intrigue policière Les auditeurs mènent l’enquête, avec le comédien François Périer dans le rôle du Commissaire François (la dramatique s’arrêtait avant la solution et les auditeurs devaient appeler SVP pour donner l’explication, émission rebaptisée ensuite Tous détectives), et sur Luxembourg, émission policière Allô Police ? Puis est arrivée la télévision. Les émissions ont été arrêtées à la moitié des années 1960.
Jacques Pessis Il faut savoir que le feuilleton à l’époque était un événement : 17 millions d’auditeurs pour le rendez-vous de fiction de RTL le soir. Alors, aujourd’hui, on se demande si on peut revenir à ça ? On considère que passé 4 minutes, les auditeurs lâchent. Alors, pourquoi ne pas donner 4 minutes de fictions ? On voit pourtant le succès des disques de livres audio, des anthologies, des coffrets de séries.
Christine Goémé On est fataliste, comme si c’était un état de fait qu’il faudrait accepter. Je pense qu’il y a une régression terrifiante. Les radios ont cédé devant la télévision, il ne fallait pas ! Il n’y a aucune raison pour qu’on prenne ça comme une catastrophe naturelle, c’est une question de désir.
Paul Bisciglia A l’époque, j’ai fait pendant deux ans pour Luxembourg Frédéric le tyrannique. C’était Gérard Sire qui écrivait le scénario tous les jours. Dans mon quartier du Faubourg Saint-Antoine, j’étais la star. Mes fenêtres donnaient sur celles des ateliers des artisans d’à côté et tout le monde suivait les feuilletons parce qu’il pouvaient écouter tout en travaillant, ce qui n’est pas possible avec la télé. D’où l’immense popularité des émissions radio. Il se trouve toujours des braves gens qui vous demandent si vous préférez le théâtre ou le cinéma : je préfère la radio, c’est plus ça qui m’inspire que le cinéma ou la scène, avec l’entourage, les gens épatants qu’on y rencontre (Suzanne Flon, Michel Bouquet…), des sujets merveilleux (série sur les histoires de Restif de la Bretonne, écriture épatante, sur Culture), j’aimais mieux ça qu’un film débile.
Pascal Rogard On accuse la télévision d’avoir pris la place de la radio dans la fiction, elle serait responsable aussi de la chute des entrées en salles de cinéma. Certaines chaînes ont été obligées d’investir dans la fiction, c’est inscrit dans leur cahier des charges. Sur les radios, ce sont les quotas de chanson française. Il n’y a pas eu ça pour la fiction.
Jean Larriaga Il y a une place à prendre sur les radios privées, un manque à combler sur des formats courts. La télé nous a montré qu’en access-prime-time, des formats courts marchaient et faisaient beaucoup d’audience.
Yves Gerbaulet Ce serait intéressant de demander à Jacques Baudoux de faire un tour d’Europe de la fiction.
Jacques Baudoux En Angleterre, toutes les chaînes de la BBC font de la fiction, mais surtout Radio 4 : le samedi soir, Saturday Play, une pièce radio de 90 minutes constituée d’adaptations littéraires ou spécialement écrite pour la radio. Une fois par mois, une pièce policière. Sur la BBC : samedi et dimanche, « Classic serials », la reprise radiophonique de grands classiques de la littérature. Chaque jour, l’après-midi : pièce d’1 heure, écrite pour la radio. Vendredi soir : la Friday Play, encore pour la radio. A 11h30, 1 à 2 fois par semaine, sitcom, Club des Métiers bizarres de Chesterton. Soap Les Archers, feuilleton depuis 40 ans sur la BBC. Chaîne numérique depuis 2003, BBC 7 est exclusivement consacrée à la fiction: programmes d’humour, pièces radiophoniques, séries, avec de grands acteurs. Quand les pièces passent, elles ne disparaissent pas, elles sont exploitées en cassettes et CD, jusqu’à constituer une collection importante.
En Allemagne : paysage comparable, émissions policières tous les soirs de la semaine. Chaque Land a sa radio.
En Italie : je reviens du Prix Italia à Milan, ils m’ont dit qu’ils ont plusieurs émissions de fictions alors que la RAI n’a jamais été grande productrice.
En Suisse : pendant 40 ans, la RSR a eu l’émission Enigme et aventure, qui a affiché la plus grande longévité en Europe.
Pascal Rogard Mais là on ne parle que de radios publiques…
Yves Nilly C’est vrai que quand on va à l’étranger, on ne se retrouve toujours qu’entre gens de radios publiques. Et France Culture est enviée pour ça aussi, pour sa liberté, pour le nombre de fictions diffusées. La BBC a des moyens énormes, elle dispose d’1 million d’euros chaque année pour passer commande à des écrivains, c’est un fonds d’innovation.
Autre problème : avec un CSA qui attribue des fréquences, en télévision, il y a un cahier des charges, mais en radio c’est plus vague, on ne fait pas allusion à des programmes de création. Quand elles sont à but lucratif, il pourrait y avoir des propositions pour mettre un peu d’argent pour favoriser la création.
Pascal Rogard Il n’y a pas de volonté politique, le CSA ne met pas des obligations assez fortes, même quant aux quotas des télévisions. On va aller voir Marie-Laure Denis (responsable radio au CSA). Il faut mener une action politique pour cette revalorisation, demander quelques investissements.
Jacques Baudoux La radio numérique, c’est dans deux ans, c’est maintenant qu’il faut aller voir le CSA et le convaincre de voir les directeurs des chaînes privées qui n’en ont rien à faire, qui ne voient pas au-delà du lendemain, n’imaginent pas ce que ça peut donner. Il y a aux Etats-Unis une chaîne de télé « Biography » qui a dérivé des programmes télé en livres, en disques… Ça fait un tabac. Si on convainc les directeurs de radio, ça peut produire le même résultat. Ce sera rentable dans les 5 ans à venir.
Yves Nilly Puisqu’on ne parle qu’en terme de marché, c’est sûr qu’il y a un marché potentiel, plein de gens intéressés. L’explosion des programmes téléchargeables, ça va chaque jour plus vite. Si les fabricants de matériels veulent vendre, il faut que les contenus donnent envie et changent de la radio qu’on écoute déjà. C’est une part qui reviendra ensuite à la création.
Christine Goémé Ça aiderait le service public d’avoir une saine concurrence, des éléments d’émulation avec la fiction sur les chaînes privées.
Yves Gerbaulet Il n’y a pas eu moyen d’avoir un membre du CSA à ce débat, sur les 9 conseillers ! J’ai lu sur le site du CSA le statut des radios généralistes, il peut être modifié au profit des auteurs.
Pascal Rogard Le problème pour les privées, avec la concurrence, c’est qu’il faudrait que l’un s’y mette et les autres suivraient tout de suite. Avec le web, l’espace disponible sera plus grand. Mais dites-nous ce que ça représente comme coût. Il y a quand même un problème économique.
Patrick Liégibel Sur France Inter, je suis le producteur qui budgette, un budget qui n’a pas augmenté depuis des années, 85 auteurs par an et plus de 700 comédiens. L’idée d’un feuilleton suscite à France Inter beaucoup d’intérêt, et beaucoup de crainte en même temps. Il faudrait une ligne budgétaire supplémentaire.
Pascal Rogard Cela me fait penser à quelque chose, car à la SACD, et je bats ma coulpe, on se bat à la fin de chaque année sur la redevance, et on ne pense qu’à la télévision, la défense des documentaires, des fictions… Et on ne pense pas assez à la radio qui est un vecteur de la diversité culturelle. Et les politiques n’y pensent pas non plus. Il faudra corriger cela.
Jacques Baudoux Il faut être le village de Gaulois qui résiste, avancer, être positif et oublier les autres, faire ses projets petit pas par petit pas, l’un entraînera un autre.
Yves Nilly Des chantiers sont ouverts, on a envie de se battre, d’aller embêter certaines personnes. Ce sont des raisons d’espérer qui me plaisent particulièrement. Entre les auteurs qu’on a pu entendre pendant ces trois jours, les romanciers, les cinéastes, les auteurs de théâtre, la radio est un point de convergence. |